EDITO du 25 Septembre 2017

L’agir social sous contraintes

Pendant que les politiques désespèrent le citoyen en reculant sans cesse le moment de s’appliquer les règles éthiques dont ils ont eux-mêmes décidé, les travailleurs sociaux sont aux premières loges de la misère grandissante du monde. Ils tentent de faire le pont entre la rue, où sont rejetées en nombre grandissant les personnes en demande d’aides, et les institutions d’insertion dont le durcissement des règles d’accès ne cesse de restreindre la capacité d’action. Le monde occidentalisé se ferme à l’extérieur et se divise de l’intérieur.

L’édification précaire d’accueil et d’accompagnement humains dans la proximité fait penser aux fragiles constructions des campements sauvages de migrants aux abords de nos frontières et parfois au cœur même de nos villes. La majorité dominante préfère que les pauvres meurent en silence derrière des barbelés, dans la rue ou dans des centres fermés.

La vulnérabilité humaine se traite à la périphérie d’un système social régi par la finance. L’agir socio-politique est dominé par une fausse conception de la liberté qui se résume à la loi du plus fort et à la responsabilisation des plus faibles.

Comme nous l’explique Martine De Keukeleire dans son article intitulé Accompagnement de proximité dans la grande précarité : habiter la relation, « Les intervenants dans le champ psycho-médico-social sont de plus en plus nombreux à ressentir un profond mal-être dans le cadre de leur mission. La cause en est imputable au grand écart qu’ils sont amenés à réaliser entre les attentes de leur institution et la complexification des situations sociales de leurs bénéficiaires. Ces derniers sont caractérisés par une grande fragilité aux multiples composantes, fruit d’une accumulation de problèmes divers et aigus. Les logiques de marché dans un contexte socio-économique en crise ont touché les secteurs du social et du médical qui subissent la diminution de leurs subsides de fonctionnement, tout en devant s’inscrire dans une logique managériale. »

Dans le contexte actuel de délitement des solidarités, les professionnels en contact avec des publics vulnérables oscillent entre découragement et mobilisation. « Les inégalités sociales, si elles ne sont pas nouvelles, semblent aujourd’hui se teinter d’un vernis consensualiste qui tend à les faire oublier », disait Louise Méhauden en conclusion de son article « Comment penser l’émancipation des publics précaires aujourd’hui ? » (Le GRAIN, décembre 2016).

Dans notre newsletter de septembre, nous proposons une seule mais conséquente analyse. Martine De Keukeleire nous donne à voir la démarche d’un groupe de travailleurs sociaux de milieux diversifiés. Ceux-ci, dans un processus d’élaboration collective, posent les fondements d’un accompagnement de proximité et proposent des aménagements à leurs pratiques de travail en équipe. Ils élargissent l’espace entre travail prescrit et travail réel, au sens où l’entend Christophe Dejours. Ils nous montrent comment ils transforment l’impuissance programmée en « opportunités de changement ».

L’équipe du GRAIN

quiNous sommes un collectif pluraliste d’acteurs de terrain, de praticiens-chercheurs en sciences humaines et de pédagogues spécialisés dans la construction d’interventions, d’analyses et d’outils permettant d’une part de mieux comprendre les réalités et enjeux contemporains des rapports sociaux et, d’autre part, d’influer sur ceux-ci dans une visée d’émancipation pour tous.

Par notre travail, nous souhaitons pointer et comprendre les mécanismes qui empêchent l’émancipation et, à contrario, ceux qui la permettent ou la favorisent en mettant en débat une diversité de points de vue, en analysant des discours et des pratiques, en se mettant à l’écoute des terrains du social et en privilégiant une approche pluridisciplinaire. lire la suite

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