Les visées de Le GRAIN - Atelier de pédagogie sociale

Février 2011

 

Le GRAIN est une association d’éducation permanente qui poursuit l’émancipation des milieux populaires par la voie de l’éducation. C’est pourquoi les membres de l’association cherchent à construire une pédagogie émancipatrice.

1. La pédagogie émancipatrice : une visée politique

Pour Le GRAIN, émanciper signifie accroître l’autonomie de pensée des personnes privées du pouvoir ou fortement limitées dans l’exercice de celui-ci dans notre société. Émanciper signifie aussi augmenter la capacité de ces mêmes personnes à s’impliquer dans des actions d’amélioration et de transformation de leurs conditions de vie, en favorisant la solidarité et l’égalité entre elles. Autrement dit, l’émancipation requiert plus qu’une transformation individuelle. Elle exige aussi que les personnes puissent réaliser collectivement des transformations institutionnelles et structurelles qui modifient concrètement et durablement les rapports sociaux de domination à travers des démarches visant plus de justice sociale.

Pour Le GRAIN, l’émancipation est un processus qui dépend en grande partie des personnes dominées elles-mêmes : ce sont elles, les acteurs de leur libération, mais elles ne peuvent y arriver seules. Elles ont besoin d'appuis extérieurs pour construire un savoir leur permettant d’analyser leur situation et de dessiner des perspectives d’action. C’est ce travail d’intervention que Le GRAIN appelle une pédagogie émancipatrice.

Le GRAIN œuvre à la construction d’une pédagogie émancipatrice de deux façons. D’une part, la plupart des membres et collaborateurs de l’association sont eux-mêmes engagés professionnellement sur différents terrains sociaux et éducatifs où ils interviennent en première ligne. D’autre part, l’équipe mène une réflexion avec des intervenants éducatifs et sociaux de première ligne travaillant en milieux populaires et organise la diffusion du résultat de ses recherches auprès de ces praticiens. En tant que service d’éducation permanente, Le GRAIN travaille donc principalement avec les intervenants éducatifs et sociaux de première ligne s’adressant aux milieux populaires. Ces intervenants sont appelés, pour faire bref, les « praticiens ».

2. Un mode de travail à trois pôles

Le GRAIN poursuit ses visées à travers un mode de travail organisationnel en trois pôles, articulés entre eux :


 

Le premier pôle, le plus visible, se consacre à la formalisation de savoirs et à son écriture. Le GRAIN est l’auteur d’analyses, d’études, de livres, d’articles, de dossiers. Ces écrits proposent trois types de produits :

- Des grilles de lecture : élaboration de grilles d’analyse, décodage d’une réalité complexe, construction de typologies empiriques, présentation simplifiée de concepts-clés d’une théorie, etc.

- Des outils méthodologiques : support pour des démarches d’analyse sur un thème précis, démarches d’animation socio-pédagogiques, etc.

- Des propositions d’action : modèles d’action, propositions axiologiques, présentations raisonnées d’initiatives, etc.

Tous les travaux produits par Le GRAIN comportent nécessairement une dimension d’analyse sociétale consacrée au contexte et aux enjeux (compréhension sociologique, politique et historique). La source des écrits de Le GRAIN est multiple: des analyses globales, des interventions, une recherche empirique, etc. Le GRAIN souhaite que ses productions intellectuelles soient le plus lisible possible afin d’être utiles et facilement appropriables par le public visé. Il privilégie un style allant à l’essentiel, épuré, rigoureux et clair.

Le deuxième pôle, celui de la communication, prend le relais. Il s’agit de faire circuler les savoirs produits par Le GRAIN et de les rendre accessibles aux praticiens. Pour y parvenir, nous nous sommes dotés d'un site internet. Simple et structuré, cet outil assure la communication de nos spécificités et de nos compétences auprès de nos publics cibles. Il constitue également un moyen de diffusion de nos publications : analyses, études, dossiers et livres. De plus, notre site assure la visibilité de l'étendue des services que nous offrons à la communauté : recherches-action, formations, consultances, partage d'outils pédagogiques ou encore l'organisation de tables rondes et conférences thématiques. Nous attendons également de cet outil qu'il permette aux personnes qui le visitent de nous transmettre leurs interpellations et leurs demandes.

Le troisième pôle est celui de l’intervention. L’intervention avec les praticiens relève principalement soit de la formation-recherche, soit de la recherche-action, sans exclure pour autant d’autres démarches de travail. Dans le cas de la formation-recherche, l’accent est mis sur l’appropriation, la discussion et l’opérationnalisation par les praticiens des savoirs déjà produits et diffusés par Le GRAIN. Pour cela, la formation utilise des démarches actives impliquant les participants et favorisant les interactions et les échanges. Le GRAIN en retire de nouvelles interpellations susceptibles de devenir de nouvelles problématiques à traiter. De plus, en se confrontant à la complexité des réalités des terrains dont sont issus les participants et aux récits de leur expérience, les savoirs déjà produits par Le GRAIN peuvent être consolidés, nuancés, complétés et enrichis. Les interventions de formation-recherche puisent, en les actualisant, dans l’arsenal des méthodes actives héritées des traditions de l’Éducation nouvelle et de l’Éducation populaire.

Si c’est la recherche-action qui est privilégiée, l’intervention avec les praticiens se centre plutôt sur la production de savoirs nouveaux en s’appuyant directement sur l’expérience des praticiens. Dans cette perspective, Le GRAIN privilégie des chantiers de recherche-action qui articulent des données de trois types :

- Des données de terrain. Le chercheur est très souvent un praticien des méthodes actives dans le travail social, la formation ou l’enseignement. Tel un ethnographe, il est un témoin privilégié de la vie intérieure des groupes sociaux qu’il fréquente. Il est lui-même dépositaire d’un savoir de l’expérience.

- Des données théoriques. Afin de développer son outil d’observation, le chercheur de Le GRAIN, suivant le questionnement qui émerge de son terrain, se nourrit à la littérature savante sur le sujet. Il crée de cette manière différents outils de lecture des réalités sociales et concourt à la vulgarisation de concepts propres à éclairer la recherche.

- Un inédit social. Le praticien-chercheur multiplie les sources orales et écrites centrées sur son lieu d’observation participante, comme les entretiens individuels ou collectifs, les focus groupes, l’analyse en groupe, l’auto-analyse, l’observation participante, l’analyse institutionnelle, les récits de vie, afin de nourrir ses observations. Il les confronte avec des données plus globales. Il croise les données théoriques et celles issues du terrain pour élaborer un nouveau regard, il devient médiateur et producteur d’un inédit social.

L’inédit social, tel que nous venons de le définir, constitue un savoir nouveau qui peut éclairer les décisions politiques à partir d’une meilleure compréhension du réel. Le chantier de recherche-action est donc une médiation permettant que des savoirs détenus par les groupes sociaux de base interpellent les pouvoirs en place. En même temps, ces chantiers outillent les groupes de base pour une meilleure compréhension de leur réalité et les éclairent pour la définition des perspectives d’action.

Le GRAIN intervient encore par l’organisation de tables rondes (débats associant spécialistes en sciences humaines et praticiens, autour de savoirs d’expérience et de savoirs théoriques) et par la consultance (accompagnement d’initiatives visant des transformations de pratiques), etc.

Rappelons ici une piste d’intervention privilégiée par Le GRAIN depuis sa création et gardant toute sa pertinence aujourd’hui : la méthode du projet utilisée comme démarche de pédagogie émancipatrice.

3. Le GRAIN, Atelier de pédagogie sociale

Les trois pôles se nourrissent mutuellement dans une dynamique interactive. C’est ce que Le GRAIN appelle l’Atelier de pédagogie sociale. Les complémentarités sont systémiques. On peut les représenter par le schéma suivant.


Les interventions suscitent des questionnements et des analyses qui nourrissent les écrits. Les savoirs formalisés éclairent les problèmes de terrain. Les savoirs et les outils méthodologiques issus de la pratique sont réappropriés par d’autres intervenants éducatifs et sociaux. Les lecteurs des écrits de Le GRAIN interpellent ce dernier qui remet alors ses productions sur le métier. Etc.

Les interactions entre les pôles peuvent être simultanées (par exemple, écriture d’une analyse avec un groupe ou production d’un modèle d’action par une équipe promouvant une innovation). Le plus souvent, les interactions s’étalent dans le temps, les membres de l’équipe de Le GRAIN utilisant des matériaux produits par un pôle pour les retravailler dans un autre pôle.

4. Des contenus privilégiés

Les contenus sur lesquels porte le travail des pôles découlent de la visée politique de Le GRAIN. S’inscrivant dans la perspective de l’émancipation sociale, voici une énumération non exhaustive de thèmes privilégiés : mutations de société, idéologies, inégalités sociales, autonomie des individus, solidarité, formation professionnelle, dualisation scolaire, discriminations, genre, insertion sociale, insertion socioprofessionnelle, développement de l’intelligence, rapport social au savoir, pédagogie du projet, éducation populaire, pédagogies actives, citoyenneté.