Francis Tilman, Le GRAIN asbl, 11 septembre 2006


Le but de cet article est de présenter, de manière synthétique, différents types de discours sur l’action. Nous pensons principalement à l’action sociale et à l’action de formation.

La pratique a besoin d’être éclairée par une réflexion qui permet de la mettre en perspective, de l’évaluer et de l’améliorer. Mais il existe plusieurs types d’analyse du terrain. Elles n’ont pas toutes la même visée, la même méthodologie et ne produisent pas le même genre d’informations. A la fois, pour mieux choisir quel examen de la réalité sociale et pédagogique il serait judicieux de réaliser et pour mieux exploiter les études existantes en sachant ce qu’on peut en attendre et leurs limites, il est nécessaire d’identifier les différents discours sur l’action et d’en connaître les principales caractéristiques .

Huit types de discours sont identifiés. Pour chacun, on précisera sa finalité, sa méthode, la position de l’intervenant et le destinataire, ainsi que son usage possible pour l’action.

La typologie se comprend mieux si le lecteur cherche dans son expérience, des exemples de chacun des types proposés.

1. La recherche fondamentale

Finalité

Le chercheur vise à connaître et comprendre une réalité de terrain. Il identifie des faits, recherche des causalités, trouve des logiques explicatives. Son but est avant tout de comprendre pour augmenter le savoir sur la question.

Méthode

Pour établir ce savoir, le chercheur construit des modèles explicatifs (par tâtonnements). Ensuite, il les valide (ma théorie rend-elle bien compte de la réalité ?) et éventuellement cherche à les falsifier (est-ce que je peux trouver des situations et des cas qui ne sont pas expliqués ou qui contredisent ma théorie ?).

Position de l’intervenant

Le chercheur se tient dans une positon d’extériorité, de distance (par rapport à l’objet d’étude et au public), de neutralité. C’est un point de vue « surplombant », un travail « sur » le public.

Destinataire

Le destinataire est, prioritairement, la communauté scientifique. Outre l’apport scientifique, ce travail sert aussi au chercheur à améliorer son statut et son positionnement dans le champ universitaire. Secondairement, ce travail vise aussi les professionnels de l’intervention (accompagnateurs, conseillers, inspecteurs), ainsi que les politiques. En troisième lieu, les recherches s’adressent aussi au public cultivé intéressé.

Usage pour l’action

La recherche fondamentale ne vise pas la transformation de la réalité. Il n’est d’ailleurs pas possible de tirer directement des enseignements pour l’action qui seraient des applications immédiates des conclusions. Néanmoins, la connaissance de certains résultats permet de disposer de grilles de lecture de la réalité qui en facilite le décryptage. Les modèles disponibles permettent également de réaliser qu’il y a des alternatives au fonctionnement habituel d’une pratique et peuvent constituer des pistes d’investigation pour des innovations. Dans cette perspective, il est toujours intéressant de disposer de la plus large culture érudite possible, donc de ne pas utiliser les acquis que d’une seule recherche.

2. L’audit

Finalité

L’audit vise surtout à rendre intelligible des situations complexes, embrouillées pour les acteurs (qui peuvent être des individus, des collectifs, des organisations, la société, via ses représentants institutionnels). Secondairement, il propose des recommandations. Le but de ce type de travail est donc de repérer et de nommer des réalités et/ou des dysfonctionnements d’une institution qui n’apparaissent pas spontanément aux acteurs concernés.

Méthode

L’audit mobilise un réservoir de modèles explicatifs, de théories, de concepts, de savoirs d’expérience, pour, d’abord identifier et établir des faits, ensuite pour les rendre compréhensibles aux commanditaires et éventuellement pour en donner la logique. Il s’agit donc de mobilisation partielle et de mixage de modèles explicatifs relativement simples et connus. Si un savoir nouveau est produit, il est le résultat de la mobilisation d’acquis théoriques existants, confrontés au terrain, afin de démêler une situation perçue comme confuse. L’audit propose éventuellement des pistes pour améliorer la situation problématique.

Position de l’intervenant

Celui-ci reste externe à l’institution et à ses acteurs. Ceux-ci sont consultés. L’auditeur interroge les personnes du terrain pour connaître et comprendre mais en vue de sa propre intelligibilité des choses et à destination d’un rapport pour le commanditaire. Le travail s’effectue « sans » le public.

Destinataire

Les destinataires sont les décideurs ou les groupes demandeurs (généralement des acteurs mobilisés autour d’un problème). C’est le commanditaire qui paie. Généralement, les audits sont plus ou moins confidentiels. Ils interviennent généralement dans des situations difficiles, insatisfaisantes ou conflictuelles.

Usages pour l’action

Les rapports d’audit deviennent généralement des pièces à l’appui des stratégies d’action du demandeur. L’usage des audits et autres expertises de diagnostic est souvent conflictuel. Les autorités s’en servent généralement pour justifier des décisions ou des injonctions. Elles ont tendance à leur attribuer une valeur « scientifique », de vérités non contestables. En réaction, les personnes concernées par ces décisions ou mises en cause dans l’audit, sont souvent amenées à mettre en question, partiellement ou globalement, la neutralité et/ou la rigueur, voire la pertinence du travail. Néanmoins, lors des négociations entamées suite à ces audits, les faits rendus explicites par les rapports deviennent des éléments incontournables de la discussion, même s’ils sont jugés contestables.

3. L’expertise et la consultance

Finalités

Les expertises et les consultances consistent à proposer aux décideurs des modèles d’action. Les spécialistes sont sollicités pour avancer d’autres modes de travail, une autre organisation du travail, censés être plus performants ou répondant mieux aux objectifs de l’organisation ou à des impératifs de productivité.

Méthodologie

Le travail de consultance cherche à appliquer à une situation particulier des modèles organisationnels et méthodologiques existants. Dans un premier temps, l’expert prend connaissance du contexte, puis examine comment son schéma pourrait être traduit dans le cadre institutionnel qu’il découvre. Il prolonge souvent sa contribution par des propositions de stratégie pour la mise en place de l’innovation organisationnelle.

Position de l’intervenant

L’expert est totalement extérieur à l’organisation, tant du point de vue des travailleurs que des décideurs. Il est de passage. Il s’agit d’un travail « sur » le public, « pour » les décideurs.

Destinataire

La consultance est une réponse à une demande des décideurs qui veulent introduire un changement et qui demandent à un spécialiste de leur dire ce qu’il faut faire et comment il faut le mettre en place. Les travailleurs sont les destinataires indirects de ce programme puisque c’est eux qui seront amenés à changer leur pratique, souvent sans que l’on ne leur demande leur avis.

Usage pour l’action

Les propositions des consultants se veulent directement opérationnelles. Cependant, l’impact des dispositifs prévus est souvent moins idyllique que la présentation qui en est faite par les experts lors de la commande. La mise en place du modèle d’action nécessite souvent une forte pression de la part des décideurs sur le personnel.

La recherche-action

Il existe deux types de recherche-action : la recherche d’action d’explication et la recherche-action d’intervention.

4. La recherche-action d’explication

Finalité

Le propre de ce type de recherche-action est d’analyser une situation, de comprendre et d’expliquer les faits et l’action, avec la collaboration de (quelques) personnes concernées, issues du terrain, considérées comme des connaisseurs. Ces derniers apportent leur savoir-faire et leur expertise à l’élaboration de ce savoir à portée explicative. La recherche-action d’explication vise, tout comme la recherche fondamentale, à produire un savoir nouveau de nature théorique.

Méthode

Lors d’une recherche-action de ce type, on construit avec les personnes du terrain un modèle explicatif nouveau à partir de faits et d’actions préalablement identifiés. On tente ensuite de valider ce modèle de deux façons qui peuvent être complémentaires : soit, par les personnes du terrain associées à la réflexion, qui doivent vérifier que le modèle élaboré correspond bien à leur expérience et en rend bien compte, soit, en consultant et en enquêtant largement sur le terrain pour tester la capacité du modèle à rendre compte des faits dans des contextes similaires à celui de la recherche. Il faut donc que des praticiens s’y retrouvent et que le modèle éclaire l’ensemble des cas constituant la problématique (s’il y a trop de contre-exemples, le modèle est considéré comme non-pertinent).

Position de l’intervenant

Le chercheur se retrouve à la fois externe et interne à la démarche. Externe parce que c’est lui qui guide l’interrogation, demande des interprétations aux participants et formule la théorisation en dernière instance. Interne, par que le chercheur met les participants en situation de produire des analyses, d’avancer des hypothèses, de suggérer des interprétations, etc. Le travail s’opère ici partiellement « avec » le public.

Destinataire

Les destinataires sont habituellement le commanditaire de la recherche (souvent une autorité), la communauté scientifique, le public analogue aux participants du terrain.

Usages pour l’action

A la différence du savoir académique de la recherche fondamentale, le produit de la recherche-action de réflexion concerne généralement des problématiques qui intéressent plus directement les personnes du terrain. De par les conditions de sa production, ce type de savoir apparaît à ces dernières, plus proche de leurs préoccupations et plus facilement accessible. La recherche-action de réflexion est donc plus susceptible que la recherche fondamentale d’être appropriée par les praticiens et partant, de contribuer à modifier leur regard sur leur réalité et leur expérience.

5. La recherche-action d’intervention

Finalité

Ce type de recherche est d’une démarche qui entend mener au changement par une pleine collaboration avec les praticiens, en leur faisant établir eux-mêmes le diagnostic du problème et ensuite, construire et tester des pistes de solution ou mettre au point de nouveaux dispositifs. L’hypothèse d’action est que le changement sera d’autant mieux implanter et pertinent que ce sont les usagers eux-mêmes qui ont défini la situation d’insatisfaction et ont trouvé les réponses à celle-ci.

Méthode

La méthodologie se trouve fortement influencée par l’objectif et l’hypothèse d’action évoquée plus haut. Elle suppose une forte implication des personnes du terrain. Ainsi, c’est le collectif, praticiens et chercheur, qui définit les termes du problème, sur base de l’expérience des premiers, qui cherche à le comprendre en produisant un modèle explicatif, à concevoir des réponses, à les tester et les réajuster. L’approche est tâtonnante tant pour l’explication que pour l’action, et les hypothèses font l’objet de réajustements réguliers. Dans ce type de travail, le problème à résoudre se modifie au fur et à mesure de l’analyse et le résultat final n’est pas la réponse aux interrogations de départ.

Position de l’intervenant

L’implication des acteurs, spécialement les personnes du terrain, est plus forte que dans les autres types de recherche. La théorisation est produite conjointement par le public et le chercheur, ce dernier étant le guide de l’interrogation, le facilitateur de la formulation et l’éventuel fournisseur d’informations scientifiques. Ce type de recherche-action demande de la part du chercheur, un minimum de solidarité et de connivence avec le public. Ici le travail se fait donc « avec » et « pour » le public.

Destinataire

A qui profite ce genre de travail ? La réponse n’est pas sans ambiguïté. Le premier destinataire est évidemment les gens du terrain qui disposent d’un guide pour modifier leur environnement et leur action, cadre qu’ils ont construit eux-mêmes en réponse à des problèmes, initialement identifiés par eux. Le second destinataire est aussi la communauté scientifique, l’univers professionnel du chercheur. Ce dernier va exploiter dans son champ professionnel non seulement le produit de sa recherche-action, mais aussi les caractéristiques de sa démarche. Cette exploitation connaît une vie indépendante de l’usage que les praticiens feront des résultats de la recherche.

Usage pour l’action

Ce qui vient d’être dit montre que la recherche-action d’intervention est un excellent outil pour introduire démocratiquement le changement puisque qu’on part d’un problème vécu par les praticiens, analysé par eux dans sa complexité et par rapport auquel il est mis au point de manière progressive et régulée, une réponse opérationnelle.

6. La théorisation de la pratique

Finalité

On cherche ici à modéliser un fonctionnement. On vise à formaliser les caractéristiques d’une pratique complexe et efficace pour la rendre transférable à d’autres situations.

Méthode

A partir de l’observation de pratiques stabilisées, il s’agit de construire un modèle reprenant les traits déterminants d’un dispositif d’action concrets (objectifs, dispositions matérielles, types d’activités menées, conditions, matériaux utilisés, rôles des acteurs,...). La démarche est descriptive mais en se focalisant sur les éléments centraux qui font la spécificité du dispositif et qui rendent son fonctionnement possible et efficace.

Position de l’intervenant

Ce type de travail est effectué par un praticien réflexif, c’est-à-dire un praticien qui peut prendre du recul par rapport à son vécu et son fonctionnement habituel, qui peut l’analyser et en parler en termes abstraits et généraux. Ce praticien réflexif peut être un collectif. Le ou les auteurs peuvent aussi se faire aider, pour la formalisation, par une personne extérieure bonne connaisseuse du terrain, qui prête des mots et des notions aux acteurs directement concernés. Le travail est fait « par » le public.

Destinataire

Un premier destinataire est le praticien, personne ou le collectif, qui cherche, par la théorisation de sa pratique, à voir plus clair et ainsi accroître son efficacité et son emprise sur son action. Les collègues proches ou lointains à qui le praticien veut faire partager son savoir-faire, dans une perspective de compagnonnage, constitue le deuxième destinataire. Les formateurs et autres professeurs de méthode, qui peuvent grâce à cette pratique théorisée proposer des modèles d’action efficaces à des (futurs) praticiens, constitue un troisième public destinataire.

Usage pour l’action

Formalisation d’un savoir-faire éprouvé, la pratique théorisée est immédiatement utilisable par d’autres professionnels. Le modèle, construit dans un contexte donné, n’est cependant pas transposable et applicable comme tel. Le contexte de sa future implantation doit être étudié, comparé avec celui du modèle d’origine et adapté à l’environnement du candidat à son adoption.

7. Le programme normatif d’action

Finalité

Promu par les autorités, ce type de programme propose un modèle d’action idéal, à imiter ou à mettre en application. L’enjeu est donc de faire adopter par les praticiens, un dispositif dont les caractéristiques principales leur sont données. Si le modèle est imposé tel quel, il ne s’agit plus d’un programme normatif mais d’un programme politique, variante autoritaire du premier (voir ci-dessous). Ici, le mode d’adoption est laissé aux travailleurs. Le programme normatif d’action se rapproche de l’expertise et de la consultance dans la mesure où il s’agit d’appliquer un programme tout fait. Il s’en distingue par le fait que l’expertise est censée faire des propositions « sur mesure » par rapport à une organisation donnée et en réponse à des problèmes spécifiques, tandis que le programme d’action normatif est destiné à l’ensemble des travailleurs soumis à une autorité, dans toutes les établissements qui en dépendent.

Méthode

Les responsable disposent de modèles d’action et de méthodologies illustrés d’exemples. Ces modèles sont tirés de la recherche, parfois validés par des expériences-pilote. Ce peuvent être aussi des pratiques théorisées qui ont acquis le statut de modèle. La mise en place du modèle est plus ou moins négociée, plus ou moins accompagnée d’une analyse du contexte et des régulations nécessaires à son bon fonctionnement.

Position de l’intervenant

L’intervenant est interne à l’institution concernée mais dans une position hiérarchique supérieure. Il y a ici souvent un malentendu. Les autorités se considèrent comme ayant partie liée avec les gens du terrain puisqu’ils appartiennent à la même institution et qu’ils s’estiment, tout comme les travailleurs de première ligne, à son service. Les travailleurs se considèrent néanmoins comme de statut différent des supérieurs puisque eux réalisent le travail qui a été pensé et décidé par d’autres. L’intervenant est externe, légitimé par un statut d’autorité, scientifique ou d’expertise. Parfois, il peut s’agir d’anciens praticiens novateurs, devenu experts, souvent à la suite de formations complémentaires qui les rapprochent des scientifiques. Pour l’essentiel, l’action est ici « dictée » au public.

Destinataire

Ce sont les praticiens, dans un contexte institutionnel donné, qui sont les destinataires de ce type de discours. Les modèles visent à transformer leur pratiques, ce qui entraîne parfois une modification de leur identité professionnelle.

Usage pour l’action

Le programme d’action normatif est directement destiné à remplacer certaines pratiques par d’autres. Il entend être concret et constituer une alternative véritable aux pratiques que les responsables veulent voir disparaître ou améliorées. Des conditions sont néanmoins requises pour que le modèle soit adopté par les praticiens. Il faut qu’il soit perçu comme une réponse à une situation vécue comme insatisfaisante ou frustrante. Il faut qu’il soit suffisamment élaboré et riche pour faire face à la complexité des situations professionnelles rencontrées. Autrement dit, il ne doit pas demander aux praticiens une trop grande et trop longue mise au point. Enfin, il faut qu’il soit considéré par les destinataires comme ayant été testé ou pratiqué avec succès par des collègues ou d’autres professionnels de même statut. Il n’est pas sûr que ces conditions soient toujours rencontrées. Ceci explique que des modèles d’action présentés comme opérationnels, soient refusés par les personnes chargées de les mettre en pratique.

8. Le programme politique

Finalité

Le programme politique entend faire pratiquer certaines actions et utiliser certaines méthodes ou savoir-faire professionnels. Les décideurs disposent des moyens et de la légitimité pour s’allier les experts ayant des compétences en la matière qui leur fourniront les lignes directrices des programmes d’action.

Méthode

Il s’agit de faire produire, par des techniciens, un référentiel d’action et de s’appuyer sur un cadre légal contraignant pour imposer sa mise en œuvre à un public donné. La pertinence des choix est censée légitimée par la position du décideur. A la différence des praticiens, celui-ci a accès aux sources les plus neuves et les plus fiables. Il a également la possibilité d’avoir recours aux meilleurs spécialistes pour la confection du référentiel. Le programme politique est transmis aux praticiens par la voie hiérarchique.

Position de l’intervenant

Ce sont les autorités, par l’intermédiaire de leurs relais de la filière hiérarchique, qui communiquent aux travailleurs de première ligne les nouvelles orientations professionnelles à mettre en place et à pratiquer. Bien qu’internes à l’institution, ces agents sont perçus par les praticiens comme appartenant à une autre catégorie professionnelle qu’eux-mêmes et il leur accordent attention dans la mesure où ils sont soumis à leur autorité et dans l’obligation de le faire. Le travail est ici, de fait, « imposé » au public et les praticiens considèrent les autorités comme extérieur à leur communauté.

Destinataire

Les professionnels du terrain dans leurs pratiques habituelles.

Usage pour l’action

Ces programmes politiques sont souvent peu efficaces car leur traduction sur le terrain est souvent faible. Cela est dû, semble-t-il, au fait qu’ils ne rencontrent pas les trois conditions évoquées plus haut pour l’implantation du programme normatif d’action. Même si les praticiens partagent les convictions politiques des décideurs relatives aux enjeux et aux buts à atteindre, ce qui est loin d’être toujours le cas, le temps de la politique n’est pas le temps de l’action sur le terrain. Faute de pouvoir proposer plus que des intentions ou des orientations, à savoir des modèles d’action éprouvés, clairement expliqués et patiemment appropriés et mis au point dans les situations concrètes, les programmes politiques apparaissent aux yeux des professionnels, au mieux comme des intentions généreuses, au pire comme un moyen pour les politiques de se donner l’illusion d’un pouvoir réel parce qu’ils disposent de celui de décréter.