Choisir, ça s’apprend

L'activation en développement vocationnel et personnel

Sandrine Dochain, Laurent Durviaux et Magali Urbain, Le GRAIN asbl, 18 novembre 2007


Introduction

En matière d’orientation, qu’il soit jeune ou adulte, l’individu n’a généralement pas le choix,il est dans l’obligation de chercher.

La personne en recherche sur son avenir professionnel ne peut utiliser des conseils d’orientation à bon escient si elle n’en connaît pas les raisons profondes. Et ces raisons requièrent l’engagement de la personne dans une démarche active d’orientation.

Autrefois, l’orientation relevait d’une procédure objective qui proposait à l’individu un choix professionnel pour ainsi dire aveugle. Comme la réalité ne permet pas toujours la réalisation des conseils, l’individu échouait régulièrement, se retrouvant à la case départ. Aujourd’hui, l’avenir n’est pas plus prévisible mais des méthodes permettent de l’envisager de manière plus active et de limiter les décrochages en cours de route. L’ADVP en fait partie.

Mais qu’est-ce qu’au juste l’ADVP ?

Laurent Durviaux1, conseiller au centre de bilan de l’ASBL Bravvo, explique : « Il s’agit d’une méthode d’éducation au choix qui part du principe que choisir son orientation professionnelle, c’est devoir poser un choix. Et choisir, ce n’est pas quelque chose d’inné mais au contraire quelque chose qui s’acquiert, qui s’apprend. »

Avec pour postulat l’idée que c’est la personne en phase d’orientation qui sait. Mieux se connaître, cerner ses goûts, ses désirs, ses qualités et ses valeurs vont lui permettre de découvrir peu à peu le métier le plus susceptible de lui convenir. Laurent Durviaux précise : « On constate souvent que pour pouvoir travailler dans un certain métier, il faut avoir certaines qualités, auxquelles les employeurs sont de plus en plus attentifs. Ainsi la ponctualité, la flexibilité, l’esprit d’équipe sont de plus en plus valorisés, parfois plus que les diplômes. »

De plus, toutes les compétences de l’individu sont passées en revue et prises en compte : « La scolarité, les jobs d’étudiant et tous types d’activités sont autant d’occasions d’acquérir et développer certains savoir-faire. Souvent les gens ont l’impression de ne pas savoir faire grand-chose. Grâce à des exercices, on fait donc émerger chez eux la conscience qu’ils sont capables de toute une série de choses. » Importance donc de valoriser compétences transversales et expérience afin de rendre confiance en soi et motiver la démarche d’émancipation.

Les postulats de la méthodologie

L’ADVP a été conçue au Québec dans les années septante, afin d’aider les élèves dans leur orientation scolaire. Cette méthode fut ensuite adaptée par les Français dans le cadre de la problématique de l’orientation professionnelle. Il s’agit donc d’une démarche qui convient à tous types de public : elle peut s’utiliser tant avec des jeunes intra-qualifiés ou des chômeurs longue durée qu’avec des cadres en phase de reconversion. A partir des outils d’éducation au choix, l’ADVP se base sur une série de postulats :

  1. Une inspiration humaniste : l’individu est capable, pourvu qu’on l’accompagne, de trouver lui-même des réponses. On considère l’individu comme une entité à part entière, capable de prendre des justes décisions par lui-même. Pas besoin d’un expert qui lui dicte ce qui est bon pour lui et ce qu’il doit ou ne doit pas faire. Une personne peut répondre par elle-même aux problèmes et questions qui se posent à elle. L’individu est sujet et non objet de son orientation. Certains ont simplement besoin d’un accompagnement vers cette prise de conscience, qui une fois assimilée, est source d’autonomie et action.
  2. Une philosophie de l’existence : rien n’est joué d’avance. Toute perspective fataliste est refusée : si des déterminismes existent, la liberté de choix reste entière. Ce constat est fondamental pour Laurent Durviaux : « on ne choisit pas d’être homme ou femme, pauvre ou riche, noir ou blanc mais par contre on peut décider d’en être honteux ou victime ou bien ou contraire de se battre contre le déterminisme de ces inégalités ».
  3. Une référence à la psychologie du développement : on n’est jamais fini. L’individu est en évolution permanente, en fonction des expériences qu’il traverse. C’est pour cette raison que l’ADVP propose principalement une éducation, un apprentissage à partir d’expériences à vivre.
  4. Une conception du travail, inspirée de la psycho-dynamique du travail : on ne travaille pas uniquement pour l’argent. Un emploi est aussi un moyen d’épanouissement personnel, une manière de se réaliser. Chacun recherche, d’une manière ou d’une autre à s’affirmer par le travail. Dans cette optique, une remise à l’emploi envisagée uniquement par l’angle économique ne saurait être durable et synonyme d’émancipation.

Laurent Durviaux souligne : « En fonction du projet de telle ou telle personne, il y aura peut-être formation, peut-être pas. L’essentiel, c’est de considérer l’individu dans sa globalité, avec toutes les problématiques qui en découlent. Certains sont dans l’urgence de trouver du travail et n’auront que peu de temps à consacrer à l’orientation et à la recherche d’un projet ».

La résolution de problèmes

La méthode de résolution de problèmes va servir de fil conducteur dans l’ensemble des exercices proposés à la personne en recherche d’orientation. Chaque exercice va permettre d’explorer différents aspects pour permettre aux gens de maîtriser une méthode de travail qu’ils pourront réadapter par la suite. L’objectif visé est le développement de la personne, ce qui est évidemment très formateur et émancipateur.

Concrètement, le travail va se dérouler en quatre étapes, interdépendantes les unes des autres, qui s’enchaînent dans un ordre qui va de l’indifférencié au spécifique.

1. L’exploration

Durant cette première phase, axée sur travail de soi, sont proposés des exercices qui touchent aux valeurs et aux centres d’intérêts.

Après chaque exercice la personne est invitée à noter les éléments les plus importants qu’elle en a tirés. Le passage par l’écrit permet d’évaluer le travail et de prendre du recul. La maîtrise du Français constitue donc la seule condition requise, en plus évidemment du désir de travailler activement son orientation. On établit ainsi une synthèse, sorte de photographie de la personne.

« Choisir, c’est d’abord inventorier, envisager tout ce qui est possible. C’est un temps d’investigation qui appelle l’ouverture la plus larde possible, à la curiosité. (...)L’individu s’engage dans une exploration de lui-même, de son environnement afin d’élargir son horizon professionnel, d’échapper à des influences qui restreignent parfois son champ de recherche et le contraignent à des choix de métiers traditionnels, propres à son milieu d’origine. L’individu en phase d’exploration n’a pas à prendre de décision finale.Il doit être en mesure de voir tous les aspects possibles d’une situation, tous les éléments d’un problème. »

2. La cristallisation

On va ensuite se centrer sur les intérêts professionnels, en lien avec le travail précédent, en lui proposant une liste de 100 à 200 métiers différents qui sont susceptibles de rencontrer ses intérêts. Exemple : pour quelqu’un qui est passionné par les voitures, il existe une multitude de métier possibles, tels que mécanicien, vendeur, concepteur, concessionnaire, etc. Sur base de cette liste, on demande à la personne de sélectionner quatre ou cinq métiers qui l’intéressent à priori et dont elle voudrait en savoir plus. Cette étape permet donc de « clarifier la phase exploratoire afin de mettre de l’ordre dans les informations recueillies, organiser ses perceptions. Un travail de conceptualisation commence alors pour discerner les caractéristiques communes à certains métiers, commencer à repérer si elles correspondent à ses intérêts, ses valeurs, ses aptitudes2.

3. La spécification

Il s’agit de l’étape où il va falloir faire un choix parmi toute sles possibilités dégagées lors des deux phases précédentes. Faire un choix qui tienne compte des désirs de la personne et des possibilités de réalisation. Trois facteurs essentiels interviennent pour faire ce choix :

  • la désirabilité : il s’agit pour l’individu d’avoir repérer ses valeurs, ses désirs, ses envies

  • la faisabilité ou la probabilité : c’est la nécessité de prendre en compte les contraintes externes (environnement, conditions d’accès au métier,...) et internes (motivation, profil,...) qui peuvent s’opposer à la réalisation d’un projet.

  • l’intégration : c’est la synthèse, le compromis qu’il va faire entre les tiraillements qu’il ressent.

La spécification, c’est le point d’intersection des valeurs de l’individu avec les possibilités du milieu. Il faut produire de la différence entre les diverses possibilités et les confronter avec la réalité du terrain. L’individu va identifier ce qu’il désire le plus.

4. La réalisation

Ici, il s’agit de passer des intentions à l’action. Le sujet décide, s’engage, se lance, fait des démarches, suit des procédures, planifie ses actions, conçoit éventuellement des stratégies de rechange. Le sujet doit veiller à protéger sa décision qui sera éprouvée par des oppositions, des obstacles, des contrariétés.

La phase de réalisation s’articule autour de 4 thèmes : 1)opérationnalisation de sa décision : qu’y-a-t-il à faire ? 2)la planification 3)la prévision des obstacles possibles 4)la stratégie

Conclusion

Autonomie et responsabilisation sous-tendent cette méthode d’orientation, qui se veut une manière de stimuler la réflexion et poser les bonnes questions pour que les personnes puissent orienter leurs choix dans un cadre clair. L’emploi à vie n’existe pratiquement plus, les gens seront de plus en plus amenés à devoir changer de métier ou se former au cours de leur parcours professionnel. Il importe donc d’apprendre au mieux à analyser les différentes pistes possibles afin de prendre des décisions rationnelles sans avoir besoin de l’aide d’un professionnel. L’ADVP et une approche rationnelle moins adaptées aux personnes qui prennent des décisions dans l’urgence et sur ‘un coup de tête’. C’est pourquoi il est nécessaire de conscientiser les gens sur leur rôle déterminant dans une démarche d’orientation ainsi que d’éduquer au plus tôt les jeunes à l’analyse des possibles et ce dans un cadre scolaire. Cette méthode s’applique dans l’expérience décrite ici à un niveau individuel mais elle a été conçue initialement pour les groupes. Il serait donc intéressant et enrichissant de l’appliquer dans une démarche plus collective.

Pour plus de détails sur cette méthode, contacter le Centre de Bilan, ASBL Bravvo, Bld E.Jacqmain 95 à 1000 Bruxelles, 02/279.47.73 ou 74., Marot Julie et Durviaux Laurent.

Références

[1] L’asbl BRAVVO vise par ses actions l’amélioration de la sécurité urbaine et la lutte contre l’exclusion sociale mais aussi la revalorisation de la vie urbaine. Afin de mener à bien cette politique de prévention, BRAVVO compte sur le concours de plus de deux cents travailleurs de terrain engagés afin de développer, en partenariat avec tous les autres acteurs sociaux et économiques (dont le CPAS), des actions à travers cinq axes majeurs de travail : Prévention sociale et citoyenne, Prévention des conflits,Prévention par les mesures et les peines alternatives, Prévention par la présence dans les quartiers et Prévention par la qualité de vie. L’asbl Bravvo entend mener une action intégrée et globale combinant des actions de prévention sociale et des projets de prévention situationnelle permettant de renforcer des services existants ou de développer des actions nouvelles en matière de prévention. http://www.bravvo.be/

[2] Chemin Faisant, A.D.V.P. : fondements théoriques et exercices pratiques,Marie-Claude MOUILLET et Claude COLIN, Editions Qui Plus Est, 2005,210 p.