La validation des compétences: un gage de réussite. Les métiers de la coiffure

L'activation en développement vocationnel et personnel *

Jean-Luc Dumont, Le GRAIN asbl, 26 mai 2009


Soucieuse de connaître et faire connaître tous les mécanismes qui permettent aux individus de s’émanciper, tant au niveau professionnel que personnel, au sein de notre société, l’asbl Le Grain a rencontré Jean-Luc Dumont à propos de la validation des compétences, dans les métiers de la coiffure. La reconnaissance de compétences est en effet une des pistes pour permettre aux personnes qui ont acquis de l’expérience sur le terrain d’être reconnues officiellement, même si elles n’ont pas suivi de formation initiale. Petit tour d’horizon des points essentiels sur la question.

De l’importance d’un système de certification

L’Union des Coiffeurs de Belgique (UCB) dont Jean-Luc Dumont assure la présidence, représente, en Belgique, les intérêts des patrons du monde de la coiffure. « Il semble intéressant, assure Jean-Luc Dumont, d’avoir un système officiel, efficace et fiable de reconnaissance des compétences des salariés, système qui pourrait certifier la haute qualification de ces personnes, un système élaboré de vérification des compétences ».

Cette validation des compétences, à laquelle l’UCB collabore activement en partenariat avec les syndicats, les écoles de coiffure, les communautés, les régions et la Commission Communautaire des Professions et des qualifications (CCPQ) permet aujourd’hui d’avoir un système fiable de reconnaissance des compétences des salariés. Elle permet ainsi à des jeunes non qualifiés dans le système de formation initiale, d’accéder, après un cursus de formations tant pratiques que théoriques, à un titre de compétences reconnus par les patrons coiffeurs et par d’autres diverses instances. Grâce à cette validation des compétences du métier, l’embauche par les patrons coiffeurs est facilitée et devient le tremplin à la poursuite d’autres formations. Car « un métier, cela s’apprend de différentes façons : à l’école, bien sûr, mais aussi jour après jour, par l’expérience du travail, par la formation professionnelle ou par l’expérience de vie. Les modes d’apprentissages sont tout aussi nombreux que les parcours d’apprentissages des adultes sont atypiques. Certains passent par une formation courte, d’autres longue ou ne suivent pas de formation continue classique. Ils ont accès à des formations en entreprise ou apprennent sur le tas. Aujourd’hui, de nombreuses personnes exercent leur métier avec beaucoup de savoir-faire mais ce travail n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur, car elles l’ont acquis petit à petit, sans posséder le certificat officiel requis.

Beaucoup de demandeurs d’emploi ont des savoir-faire divers et variés, mais ils n’ont pas le titre demandé par les entreprises. De plus, les métiers et technologies évoluent. Des formations sont alors nécessaires. A nouveau, des travailleurs actifs ou non se voient refuser l’accès à certaines formations parce qu’ils n’ont pas le certificat ou le diplôme qui prouve qu’ils possèdent les pré-requis nécessaires, alors qu’ils ont bel et bien les compétences qui leur permettraient de construire un parcours de formation adapté.

Ce gaspillage de savoirs, d’expérience et d’énergie fait désormais partie du passé puisqu’il sera désormais possible, en Wallonie, de valoriser gratuitement une expérience acquise grâce à la validation des compétences. Elle trouve son origine dans un accord de coopération signé en 2003 entre la Communauté française, la Région Wallonne et la Commission communautaire française (Cocof). Depuis, un dispositif d’appui - le Consortium de Validation des Compétences a été mis sur pied pour organiser le processus de validation des compétences professionnelles des citoyens, en collaboration avec différents partenaires.1 »

Quelques points essentiels

Pour Jean-Luc Dumont, la fiabilité d’un tel système est renforcée par le fait que le contenu des épreuves de validation est l’émanation des réalités du terrain de la coiffure et qu’il doit être validé par les professionnels du métier, des différents secteurs. En d’autres termes, selon le Monsieur Dumont,

  • le secteur doit être l’unique référence technique du point de vue du contenu ( mais en référence avec les profils de la CCPQ). Cette référence technique essentielle, validée par le secteur est supervisée par les différents acteurs intervenants au sein de cette CCPQ (partenaires sociaux, ministère, fédérations d’enseignement, fédérations professionnelles) ;

  • le secteur organise les épreuves, les supervise et est le certifiant de la réussite technique de l’épreuve en symbiose avec les différents autres acteurs ;

  • le secteur de la coiffure « harmonise » les contenus, les organise, les catégorise définissant ainsi un ensemble indissociable de connaissances théoriques et d’actes techniques qui façonnent le métier. Cet ensemble de connaissances et la qualité des actes techniques professionnels garantissent la pérennité du métier. Ce sont les connaissances exhaustives de l’art de la coiffure et qualité des actes qui s’acquièrent par la pratique « sur le tas » dans un salon, l’apprentissage dans un centre de formation et l’étude théorique des acquis de base qui confèrent à cette validation des compétences toute sa valeur.

  • Les enseignants transmettent différents savoirs de base et organisent l’immersion en entreprise en collaboration avec le secteur.

Deux écueils à éviter

Deux écueils sont à éviter : la sous-qualification (« l’à peu près ») et le renoncement à la formation de base. Éviter ces deux récifs de la facilité permet aux coiffeurs (et aux patrons coiffeurs) de non seulement garder la tête au-dessus du labyrinthe administratif mais également d’évoluer positivement dans un « milieu » à la hauteur de leurs compétences techniques. De plus, cela restreint la multiplication de coiffeurs/ses « inadapté(e)s » voire réfractaires aux changements technologiques (p. e. produits nouveaux, nouvelles technologies, ...) les forçant à « stagner » dans une anti-chambre de l’échec professionnel.

Travailler sur l’avenir

Ceci nous amène, continue Monsieur Jean Luc Dumont, à envisager l’avenir, cet horizon continuellement en mouvement et qui oblige les professionnels de la coiffure à aller de l’avant.

La validation des compétences doit tenir compte de ce paramètre « temps en mouvement » qui oblige de travailler sur l’avenir.

Ce pari sur demain doit être présent tout au long du processus de la validation des compétences. Pour ce, les contenus de base de la validation des compétences, ainsi que les profils de formation, doivent être régulièrement adaptés à l’évolution des techniques, des technologies et du marché. Par exemple en complexifiant les compétences générales, en les « mettant au goût du jour », en développant les notions de commerce et en les conformant aux nouvelles législations en la matière, en présentant des alternatives aux tenues de travail conformes aux nouveautés de la mode, aux nouveaux matériaux,...

Enfin, la validation des compétences doit être, de manière volontariste, un concept de réussite. Après les difficultés souvent, les échecs parfois, les candidats doivent se sentir « portés » par l’ensemble du secteur, par l’ensemble des formateurs, par leurs maîtres de stages et les patrons coiffeurs vers la réussite de l’épreuve. La validation des compétences doit permettre, sans laxisme, la prise de conscience des candidats en leurs potentialités, en leurs compétences, encore à développer, dans le métier choisi et croire positivement en leur avenir.

Encadrement choisi, maître de stage compétent et formé, centre de formation à la pointe du progrès technologique animé par des enseignants et des formateurs, suivi au terme de la formation, accompagnement généré par des formations continues : autant d’élément qui devraient assurer une plus grande réussite du système de validation des compétences dans le domaine de la coiffure.

Telle est la volonté de l’ensemble du secteur et de Mr Jean-Luc Dumont.

De plus, pour ce faire, l’UCB-UBK ne lésine pas sur les moyens pour les enseignants et les professionnels de la coiffure. Elle met en place, avec les écoles secondaires professionnelles, l’enseignement en alternance et le secondaire spécialisé (signataires d’une convention de collaboration), des cours de perfectionnement pour les enseignants associés à des stages. L’UCB met à la disposition des formateurs enseignants divers programmes informatiques d’auto formation et de formation assistée par ordinateur (formation de base et perfectionnement). Elle encourage « l’immersion cadrée » : les stages et les accompagne par divers outils. Des stages en entreprise encadrés par des « maîtres de stages » formés aux dernières technologies du métier et de l’informatique via les « centres de formation COACH. Ces centres forment les professionnels du secteur et leur personnel. Ces centres ont le rôle de coach pour les différents secteurs. Coacher des gens est le but principal de cette organisation que ce soit au niveau mental ou physique, ou encore des idées et des techniques tant dans le secteur de la coiffure, des soins de santé ou du fitness2 » . Et les entreprises sont « demandeuses » d’un tel système contraignant d’immersion professionnelle car elles peuvent ainsi disposer d’une main-d’œuvre qualifiée dont les compétences sont reconnues et certifiées par la fédération.

La certification des compétences et le dispositif de formation qu’elle impose est un gage « sérieux » de trouver un employé réellement actif, professionnel, compétent et demandeur d’une progression professionnelle porteuse d’avenir pour lui mais également pour son employeur.

Actuellement, 80% des élèves qui sortent des « écoles de coiffure » et s’installent comme coiffeur ferment boutique au bout de 5 ans avec pertes et fracas (un salon de coiffure installé coûte au bas mot 25000€). La validation est une garantie supplémentaire de réussite. La validation et la certification des compétences sont des procédures efficaces car elles vérifient et certifient, préparent voire même garantissent l’avenir d’une personne dans un métier choisi, en reconnaissant les compétences (savoirs, savoir-être et savoir-faire, voire savoir-devenir dans certains métiers choisis comme coiffeur entrepreneur). La validation des compétences est un label de qualité, un gage de sérieux pour le patron qui emploiera des ouvriers qualifiés et certifiés ; un gage de sécurité et de rentabilité rapide pour l’entreprise. Une garantie, presque certaine, d’évolution positive dans le métier et du perfectionnement par la formation au cours de la vie, une image du savoir-faire de l’entreprise au travers de l’habileté des ses employés. La multiplication des différents modules, des différents métiers validés offrent aussi une image dynamique du métier, gage d’une progression et d’une évolution professionnelle en cours de carrière.

La validation par les compétences est aussi un système en constante évolution. Ainsi, les métiers de la coiffure se diversifient, se complexifient en ajoutant un métier supplémentaire à leur dispositif. Ainsi à côté des qualifications de coiffeur (ouvrier), d’exploitant de salon et de coiffeur indépendant, l’UCB met en place un quatrième métier, celui de coiffeur entrepreneur (plusieurs salons) avec différents modules comme deux modules supplémentaires de savoir-être et de connaissances générales à côté des deux modules existants : les actes techniques et le soutien à la coiffure (coloration, permanente, ...). Dans la formation de ce dernier métier l’accent sera mis essentiellement sur la gestion des ressources humaines ainsi que sur le marketing.

La validation des compétences avec son système de formation réussira dans les secteurs où il y a une forte demande d’embauche (dans le secteur de la coiffure, des soins esthétique et dans les centres de fitness C.P. 314, il y a plus de 8000 demandeurs d’emploi) et dans les secteurs à fortes concentrations technique et technologique de pointe.

* Entretien avec Magali Urbain. Jean-Luc Dumont est président de l’Union des Coiffeurs de Belgique.

Liens

Références

1 Extraits du site de l’Union des Coiffeurs de Belgique UCB-UBK

2 Déjà cité.