version imprimableLa méthodologie du diagnostic social dans le secteur de l’aide à la jeunesse

Un outil d’éducation permanente

Véronique Georis, Le Grain asbl, 30 septembre 2013


De septembre 2012 à juin 2013, Le Grain a participé en collaboration avec le Centre d’Etudes Sociologiques de l’Université Saint-Louis à une recherche action participative[1]. Le sujet en était la manière de mener les diagnostics sociaux des services de l’aide à la jeunesse. Menée à la demande du ministère de l’Aide à la Jeunesse, cette étude est dans la veine des chantiers de recherche action que Le Grain a décidé de développer en tant que pratique d’éducation permanente[2]. Ici il s’agissait d’être à l’écoute des travailleurs sociaux de l’Aide à la Jeunesse afin d’élaborer des propositions réalistes pour la mise en œuvre des diagnostics sociaux du secteur.

La recherche, menée sous la direction d’Abraham Franssen (Université Saint-Louis) avec les travailleurs du secteur, propose aux services AMO[3] et aux CAAJ[4] une boîte à outils et un cadre de référence susceptibles de les guider lors de la production de leurs diagnostics respectifs. Je vais présenter ici le cadre méthodologique et institutionnel à la base de l’étude en même temps que la lente élaboration de sens entamée avec les travailleurs concernés et la production d’outils de diagnostic qui en émane.

1. Le cadre de cette recherche

Elaborée avec les professionnels du secteur concerné, la méthodologie utilisée est proche de celle de l’éducation permanente, comprise comme « un de ces espaces qui concourent à l’émergence d’une forme d’anthropologie prospective grâce à l’écoute des différents terrains de l’action sociale »[5]. Il s’agit pour ces professionnels au contact quotidien avec les plus fragiles, de construire du sens, du sujet, en confrontant savoirs de terrains, démarche de recherche et analyse conceptuelle, afin d’élaborer et de communiquer leur expertise à propos de leurs publics et de leurs territoires d’intervention .

Le décret qui institue l’Aide à la jeunesse fait référence à deux types de diagnostics en matière de prévention générale, le diagnostic social local des services AMO et le diagnostic des CAAJ.

Diagnostic social local des AMO

L’arrêté AMO tel que modifié en 2011 précisait les modalités du diagnostic social local de ces services à la base de leurs actions communautaires :

« L'action communautaire repose nécessairement sur un diagnostic social de la zone d'action du service. Ce diagnostic, actualisé au minimum tous les trois ans, se fonde, notamment, sur :

  1. un travail d'analyse des demandes individuelles et collectives;
  2. un travail d'analyse du milieu de vie des jeunes;
  3. une réflexion concertée avec le Conseil d'arrondissement de l'aide à la jeunesse en matière de prévention générale;
  4. les avis exprimés par le Conseil communautaire de l'aide à la jeunesse en matière de politiques de la jeunesse.

Le diagnostic social est présenté conformément à une grille définie par le Ministre ayant l'aide à la jeunesse dans ses attributions. » (Article 8. - § 1er.)

Cette grille définie par une circulaire de juin 2009 prévoyait un canevas de présentation très large basé sur une analyse socio-économique du territoire, analyse des forces et faiblesses, et analyse qualitative des demandes individuelles, collectives et communautaires adressées aux services AMO par les jeunes et leurs parents.

Diagnostic social des CAAJ

A partir de 2014, le nouveau décret de l’Aide à la Jeunesse prévoit que les CAAJ seront dans l’obligation de préciser leur diagnostic de prévention générale, centré sur les constats des différents services qui le composent, mandatés[6] ou non. Ce diagnostic de l’arrondissement sous-tendra le plan d’action pluriannuel du CAAJ en matière de prévention générale.

La volonté politique est de dynamiser le processus de la prévention générale et de l’ancrer sur une véritable écoute du terrain de l’aide à la jeunesse. Lors des diverses consultations, les travailleurs ont réclamé que le modèle de réalisation des diagnostics sociaux s’intègre à leurs modes d’action, qu’ils puissent donner du sens à une demande perçue jusque là comme « administrative ».

La demande de lisibilité des actions menées, s’exprime tant à l’intérieur, qu’à l’extérieur du secteur car la récession économique que vit le pays exige de justifier au plus près les dépenses publiques vis-à-vis de l’ensemble des citoyens.

2. Une certaine conception de l’action sociale: la prévention générale

La première question a donc été celle de l’objectif final poursuivi, la politique de prévention générale. La conception de la prévention générale [7] dans l’Aide à la Jeunesse repose sur l’avis 50 du CCAJ[8].

« L’objet de la prévention, défini dans cette optique, est donc double:

  • " réduire la quantité globale de violence qui échappe aux regards et aux sanctions (et qui) s’exerce au jour le jour, et qui est, en dernière analyse, le produit de la “ violence inerte ”, des structures économiques et des mécanismes sociaux relayés par la violence active des hommes”;
  • "éviter que les réactions à cette violence globale ne se “ traduisent ” en réactions inopportunes, aptes par exemple à se retourner contre leurs protagonistes” (avis 50 du CCAJ, mars 2000)

Cette définition est réaffirmée dans le nouveau décret de 2012. La prévention générale y est définie comme «  l’ensemble des actions menées dans le domaine socio-éducatif tant au plan local que régional ou communautaire visant à réduire la quantité globale de violences – institutionnelles, symboliques, familiales ou encore relationnelles – subies par les enfants et les jeunes et visant à éviter que les réactions des enfants et des jeunes n’appellent en retour de nouvelles violences ».

Dans la continuité des précédents, le législateur actuel en concertation avec les travailleurs du secteur situe sa définition dans une logique de changement social. Cette logique se base sur l’analyse des situations vécues quotidiennement et des demandes formulées par le public de l’Aide à la jeunesse. Il s’agit de diminuer le niveau de la violence subie par les jeunes en difficultés et en conséquence celui de la violence en retour que ces derniers renverraient vers la société.

Cette conception de l’action sociale se trouve régulièrement en opposition avec celle qui consiste à réclamer l’enfermement des jeunes « potentiellement dangereux » et la pacification des territoires à risque mais également avec les logiques managériales qui visent à augmenter le nombre de places d’hébergement pour répondre à la demande croissante de sécurité.

La prévention générale est fondée sur le respect du droit à l’erreur des enfants et du droit à l’éducation. Elle se complète d’une référence à la Convention internationale des Droits de Enfant et aux conditions de réalisation concrète de ces droits.

La politique ainsi définie participe d’une vision de l’Etat-réseau[9], proche de celle du rhizome évoqué par Guattari, [10] à distinguer de l’Etat social qui pousse à classer les citoyens en catégories d’ayant-droits. Au-delà de garantir des droits-créances et d’organiser des prises en charge institutionnelles, il s’agit de relier entre eux des citoyens, de viser l’autonomie et l’intégration de tous. Ainsi les jeunes et les familles répertoriés par l’Aide à la Jeunesse, catégories sociales bénéficiaires d’une aide spécialisée, sont dans le même temps les membres d’une société, capables d’action, d’autonomie, d’adaptation. Le réseau d’aide s’étend à partir du libre arbitre des personnes, qu’il s’agisse des bénéficiaires ou des professionnels.

« Avec le décret de l’AAJ de 1991, et même si ses objectifs de désinstitutionnalisation et de déjudiciarisation ne sont que partiellement rencontrés, il s’agit bien de passer d’une logique de protection par mise à l’écart institutionnelle à une logique d’accompagnement et de travail en réseau dans le milieu de vie. On perçoit également les nombreux frottements et tensions qui subsistent entre les différentes « strates » de l’action publique : tension entre une logique catégorielle et une logique personnalisée, entre une logique sectorielle et une logique de transversalité, entre des logiques fonctionnelles et des logiques de construction de projet, entre des logiques de frontières et des logiques de lisières, entre des logiques de contrôle de conformité et des logiques d’expérimentation[11]».

3. « Faire science »

C’est au service de cette perspective et de cette action de prévention générale que s’inscrit la réalisation des « diagnostics sociaux » : comment « faire science » pour l’action ? La question de la nature scientifique d’un travail de diagnostic qui porte sur l’interprétation des conduites humaines s’est posée dès le départ de cette étude dans les rapports entretenus par les chercheurs avec le groupe d’accompagnement institutionnel constitué de représentants des services, des CAAJ et de l’administration. Comment « faire science » à partir de données éminemment subjectives ?

Dès le départ, lors des focus groupes organisés avec les travailleurs du secteur, un malentendu régnait à ce propos. L’ancien modèle de diagnostic réclamé aux AMO prêtait en effet à confusion. Il s’agissait de décrire sous forme statistique et de manière exhaustive le territoire du service. Ce qui avait donné lieu à nombre de « copier coller » quelquefois difficiles à rapporter au travail concret de l’AMO. Ce modèle de diagnostic créa une représentation particulière du type de diagnostic à réaliser. Il semblait, d’après les dires de certains travailleurs, que pour « faire science » il fallait absolument être exhaustifs et citer des données externes aux services à propos de la situation des jeunes sur le territoire, parallèlement à la présentation des données internes du service.

Une partie du débat a donc porté sur la possibilité de « faire science » à partir de données situées et subjectives.

La sociologie moderne s’est emparée de cette question depuis que le sociologue accepte la conception suivant laquelle l’être humain est sujet de sa propre existence. L’être humain réagit aux événements qui le frappent, il n’est pas le pur jouet des circonstances. La construction de la réalité et des faits scientifiques qui découlent de cette vision de l’individu comme sujet, devient dialogique, elle intègre l’expérience des sujets observés et observateurs, au modèle de diagnostic.

Les mutations sociales, économiques, technologiques, actuelles provoquent une évolution constante de la manière « d’être humain », suivant un mouvement pendulaire de déconstructions/constructions. Le nombre des violences de tous ordres ne cesse d’augmenter, particulièrement celles faites aux enfants et aux femmes. Le rapport au collectif n’est plus évident, on est continûment dans la (re-)construction de soi. Les règles sociales ne coulent plus de source, sont souvent contradictoires. La globalisation provoque une logique du métissage « culturel » au sens large, de transactions, entre cultures d’origines géographiques différentes mais également entre générations, classes sociales, victimes socio-économiques, sans emplois, travailleurs et mondes financiers. Les rapports de forces ont évolué. Suite à ce dérèglement du monde, ce qui était hier négociable à l’intérieur d’une famille, d’une entreprise, d’un pays, d’une nation, ne l’est plus. La tentation est grande quelquefois de restaurer de manière autoritaire un ordre social ancien, au détriment des plus touchés par le désordre ambiant.

Dans ce contexte, un diagnostic social d’aide à la jeunesse se doit d’aller au plus proche des personnes afin d’étayer leurs tentatives de solutions face aux nouvelles violences sociales.

Quels meilleurs traducteurs imaginer pour faire parler les chiffres du chômage, de la drogue, du logement, …que les travailleurs au contact quotidien avec les habitants des territoires investis par les laissés pour compte du développement économique ? Quelle meilleure connaissance des situations concrètes vécues, des contraintes subies et des aspirations, que celle des personnes directement confrontées à ces situations ?

Le chercheur-praticien, le travailleur social, en même temps que le bénéficiaire de l’aide peut devenir expert de sa propre expérience. En tant qu’individu-sujet, il peut confronter sa propre expérience à celle de son groupe, élaborer des savoirs situés, il peut mesurer l’écart entre ces savoirs situés et les savoirs communément admis. Il peut organiser des contre épreuves afin de stabiliser ses hypothèses de travail. Dans cette conception, un diagnostic porté sur une réalité sociale donnée ne prend sens qu’à travers la confrontation entre points de vue locaux et points de vue plus généraux, grâce au débat entre savoirs d’expérience et données collectées de manière plus globale.                                                             

4. Elaborer les savoirs de terrain

Une longue habitude de l’action communautaire, basée sur des analyses de situations, existe dans le secteur de l’Aide à la jeunesse. Cette culture de l’innovation sociale est sous tendue par la conception particulière de la prévention générale que j’ai décrite. Elle est la source de création de nombreux projets, comme les SAS[12] ou comme « l’année citoyenne » en AMO[13].

De la lecture des nombreux diagnostics, plusieurs modèles ressortent pour passer des constats aux actions:

  • le modèle « Le Carré [14]» met en rapport sources, catégorisations, contre épreuves et hypothèses stabilisées.

Les sources viennent de la pratique du travail social, rapports de réunions internes et externes, dossiers d’aide individuelle, actions collectives et communautaires.

La catégorisation permet un début d’interprétation, le fait, par exemple, d’identifier quel droit de l’enfant est mis en cause dans une situation ou de situer un constat sur la grille des différents niveaux d’une expérience sociale[15].

L’organisation de contre épreuves permet de confronter les données situées au regard de partenaires ou de publics extérieurs à la situation de départ et de jeter les bases de nouvelles actions et d’hypothèses stabilisées dans le temps qui dépassent les données factuelles. Ainsi un CAAJ relate comment il a pu partager avec les écoles de la région les constats des AMO de son arrondissement en matière de décrochage scolaire.

Exemple de modèle d’analyse des constats de terrain

Sources     Catégorisations
     
Contre épreuve   Hypothèse stabilisée
  • un autre modèle travaillé également avec le service de formation RTA[16] associe le public des parents au diagnostic[17] Ce service AMO, pour son projet d’accueil des familles au local ONE de Dison, a voulu donner la parole aux familles via une enquête qui est réalisée par un stagiaire assistant social au domicile des personnes. Un retour aux familles était prévu lors d’une rencontre commune au local pressenti. Dans la même région, l’AMO Options a également organisé avec l’aide de services extérieurs des focus groupes de parents afin de faire un état des lieux des difficultés rencontrées par les services sociaux dans la prise en compte de la parole des familles.
  • A Bruxelles, un autre modèle émergeait pour l’interprétation des constats, le diagnostic communautaire de l’AMO Dynamo qui met en relation les constats de terrain des travailleurs de rue et une grille relative aux Droits de l’enfant afin d’identifier les besoins communautaires. 

Exemple de grille de repérage des besoins communautaires

Dynamo AMO – juin 2010

Domaines

Constats

Hypothèses de problématisation

1) Applications des droits sans distinctions

  • Catégorie(s) souffrant de discrimination

 

 

2) Statut spécial du jeune devant la loi

  • Non application partielle ou complète de ce statut
  • Pertinence de ce statut
  • Remise en question de ce statut
   

3) Droit dès la naissance à avoir un nom et une nationalité

   

4) Droit à grandir et se développer d’une façon saine

  • Accès à la sécurité sociale
  • Accès aux soins prénatals
  • Accès aux soins «petite enfance
  • Accès aux soins médicaux en général
  • Accès à une nourriture suffisante et adéquate
  • Jouissance d’un logement adéquat
  • Accès à des loisirs
  • Accès suffisant à des espaces récréatifs adéquats
  • Jouissance d’un environnement géographique sain
   

5) Prise en compte de l’état physique, mental et social

  • Aménagements des infrastructures pour les jeunes souffrant d’un handicap physique
  • Accès à un enseignement spécialisé de qualité
  • Accès aux infrastructures sans discrimination sociale
   

6) Atmosphère d’affection et de sécurité morale

  • Attitude compréhensive et de sauvegarde des adultes
  • Attention quant au principe de maintenir tant que possible les jeunes dans leur famille
  • Sécurité morale et matérielle de son environnement
  • Attitudes responsables des pouvoirs publics vis-à-vis des jeunes sans famille
  • Accès à l’aide sociale
  • Accès aux allocations familiales
   
7) Scolarité gratuite et activités éducatives permettant le développement et l’épanouissement
  • Accès à la scolarité dans le respect des choix des jeunes et de leurs parents
  • Accès à une scolarité sans discrimination
  • Accès à la culture
  • Accès aux activités sportives et ludiques
  • Accès à des espaces récréatifs
  • Possibilité de développer des activités de participation citoyenne
   

8) Accès prioritaire quant à la protection et au secours

  • Existence dans les plans d’urgence mis en place par les pouvoirs publics d’une priorité pour la sécurité des jeunes
   

9) Protection quant à toute forme de négligence, de cruauté et d’exploitation

  • Absence de traitement négligeant, cruel ou de toute forme d’exploitation
  • Activités, professionnelles ou autres, adaptées à l’âge
  • Inexistence d’activité nuisant à la santé, l’éducation ou entravant le développement physique, mental ou moral des enfants
   

10) Protection contre toute forme de discrimination

  • Non-discrimination raciale
  • Non discrimination religieuse ou philosophique
  • Egalité des genres
  • Attitude tolérante et compréhensive des adultes et de leur environnement tant social que sociétal
   

 

5. Une matrice sémantique pour un modèle de diagnostic ancré sur les pratiques d’aide et une logique de changement social

Après consultations des travailleurs sous forme de tables rondes[18], l’équipe de chercheurs a opté pour un modèle de diagnostic participatif centré sur la logique d’action de l’AMO et des CAAJ. Du débat sur le sens d’un diagnostic, est née cette grille de présentation des tensions relatives à la réalisation d’un diagnostic social.

Synthèse: articulation des polarités d’un travail de diagnostic[19]
Objectivation
Fondé sur la production d’indicateurs et de données quantitatives
Intersubjectivité
Fondé sur la mobilisation des savoirs d’expérience et le croisement des regards
Hétéronome
Production d’un savoir expert dans une relation sujet –objet : « sur »
Participatif et autonome
Implication des acteurs concernés dans la construction du diagnostic : « avec » et « par »
Produit
Détermination d’un cadre qui fixe et programme
C’est le résultat formel qui importe
Processus
Démarche itérative et questionnante
C’est le cheminement qui importe
Temps d’arrêt
Césure entre le travail intellectuel et l’action de terrain
Intégré
La réflexivité dans l’action
Exhaustif
Modèle de l’ « observatoire » et « vue d’hélicoptère »
Situé
Modèle du sismographe et vu d’en bas
Négatif et normatif
Focalisation sur les problèmes, les obstacles et les écarts à la norme
Prospectif
Identification des points d’appui, dynamiques et ressources

 

6. Conclusion: le diagnostic social, un processus de production de sens sur le modèle de l’éducation permanente

  • Constater: recueillir de l’information concrète concernant des situations vécues par les publics, à partir d’instruments d’observation artisanaux greffés au métier du travailleur social 
  • Analyser, interpréter: décortiquer ces informations, les classifier, les confronter à d’autres, formuler des hypothèses stabilisées
  • Agir: choisir les priorités d’une politique de prévention générale, définir des hypothèses d’intervention, évaluer.

Ces trois temps du diagnostic se déclinent en différentes phases exposées comme suit.

Ce schéma est valable pour tout diagnostic qui viserait la réalisation d’une action sociale concertée, au départ des représentations des publics et des intervenants d’un secteur donné.

SCHEMA DE CONSTRUCTION D’UN DIAGNOSTIC [20]

Organisation des sources internes

Différentes sources quantitatives et qualitatives à partir des interactions locales (travail individuel, collectif et communautaire)
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Relevé des constats et structuration des observations
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Interprétations internes

Questionnement et hypothèses en équipe (AMO, SAJ, CAAJ…)
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Mise à l’épreuve externe

Recherches de données externes

Analyse plus large du territoire et de la problématique

Confrontation à d’autres regards, articulation à d’autres diagnostics
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Identification de problématiques prioritaires

Selon pertinence et compétence (éligible en termes de prévention générale, prioritaire, réalisable, …)
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Hypothèse d’action, Formulation de l’action et du plan d’action

(Imaginer des solutions, identifier des ressources internes et externes, choisir des partenaires, des méthodes, des moyens,
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Evaluation

Quels nouveaux enseignements dégager de l’action ?

 

Ce schéma facilite la représentation dans le temps du processus dynamique qui peut mener à l’élaboration d’une politique de prévention générale. Ce processus peut s’envisager comme la première boucle d’une spirale qui va se déployer dans l’espace/temps.

Son point de départ est constitué de données réelles et complexes. Il invite à dépasser les préjugés et les prêts à penser concernant une problématique donnée, à donner corps aux chiffres.

Chaque étape est partie inhérente du diagnostic qui mène à l’intervention et peut constituer en elle-même une action participative.

Le diagnostic peut se réaliser à l’échelle d’un service de l’Aide à la Jeunesse mais également à celle d’un collectif de services, ou d’une commission intersectorielle d’un CAAJ autour d’un sujet pour un public spécifique sur un territoire donné.

Cette représentation est évolutive et ancrée sur l’innovation sociale. Elle ne s’arrête pas à un constat de carence mais rebondit sur les moyens qui vont susciter le changement progressif des situations analysées. Comme le dit Alinsky, la fin et les moyens sont interdépendants.

Références utiles et bibliographie

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Notes

1 Le processus de prévention générale dans l’Aide à la Jeunesse, guide méthodologique pour la réalisation des diagnostics sociaux des AMO et des CAAJ, CES université ST Louis, asbl Le Grain, à l’initiative de la ministre Huytebroeck, mai 2013. Cette étude concerne 82 AMO et 13 CAAJ en fédération Wallonie Bruxelles, elle est consultable sur le site www.aidealajeunesse.cfwb.be.

2 Une démarche d’autoévaluation menée par Le Grain

3 AMO: service d’aide aux jeunes en milieu ouvert, non mandaté, situé en zone socio-économique difficile.

4 CAAJ: le conseil d’arrondissement de l’Aide à la jeunesse est composé de représentants des différents types de services de ce secteur et de représentants des commissions intersectorielles qu’il met en place, principalement une commission « enseignement » et une commission « action sociale »(CPAS). Chaque arrondissement judiciaire organise en moyenne un CAAJ.

5 Le Chantier recherche action, Véronique Georis, Legrainasbl.org, 2011.

6 Mandatés : l’aide à la jeunesse subventionne deux types de services, les services publics ou privés mandatés et les services privés non mandatés.

7Pour une analyse plus approfondie de ce concept, lire Blairon;, Fastres j;, La prévention un concept en déperdition, voir bibliographie. 

8 Le CCAJ : conseil communautaire de l’Aide à la Jeunesse, instance communautaire de concertation et d’avis du secteur (voir site de l’aide à la jeunesse pour consulter ses avis).

9 Genard J.L., Cantelli F., Action publique et subjectivité, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 2007.

10 « Un rhizome ne commence pas et n’aboutit pas, il est toujours au milieu, entre les choses, un inter-être, intermezzo. L’arbre impose le verbe « être », mais le rhizome a pour tissu la conjonction « et…et…et… ». Deleuze G., Guattari F., Plateaux M., Capitalisme et schizophrénie 2, Paris, éd. Minuit, coll. Critique,(1980) 1994, pp.31-37.

11 Extrait du rapport de recherche : « Le processus de prévention générale dans l’Aide à la Jeunesse : guide méthodologique pour la réalisation des diagnostics sociaux des services AMO et des CAAJ », FUSL, Abraham Franssen, Véronique Georis avec la collaboration de Leila Slimani, Le Grain, Mai 2013.

12 SAS : service d’accrochage scolaire, organisé conjointement par l’Aide à la Jeunesse et l’Enseignement.

13 L’arrêté qui organise les services AMO, permettra bientôt à ces services de financer en partie une année citoyenne pour les jeunes en risque de désaffiliation sociale. Il s’agit d’une formation de 5mois, visant un engagement citoyen concret des jeunes lors de chantiers collectifs.

14 Source: AMO La Rencontre à Mons, en collaboration avec le CAAJ de Mons et RTA, service de formation et d’éducation permanente, situé à Namur.

15 Grille d’Ardoino, voir bibliographie.

16 RTA asbl: Réalisation, Téléformation et Animation. Les activités de l'asbl se déploient dans le domaine de l'insertion sociale et professionnelle (notamment via une formation qualifiante de cameraman-monteur), dans le domaine de l'éducation permanente (l'asbl est agréée pour produire des analyses et études à destination du monde associatif), de la formation d'adultes (agrément pour le secteur de l'aide à la jeunesse).

17 source: AMO, Oxyjeunes à Verviers.

18 Trois tables rondes pour les AMO et deux pour les SAJ et CAAJ.

19 Synthèse réalisée par Abraham Franssen.

20 Rapport de recherche, Opus cité, p. 30.

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