De l’analyse partagée des situations des jeunes des quartiers aux usages de leurs compétences.

une étude de Raphaël Darquenne, 2015

Synthèse

La problématique des transitions vers l’emploi des jeunes disposant de peu de qualifications, et particulièrement des jeunes issus des quartiers pauvres, se pose de façon répétée à Bruxelles depuis déjà de nombreuses années, fait l’objet de différentes analyses (voir notamment les analyses et guides produits dans le cadre du projet « Labojeunes »), suscite de nombreux débats et entraine la création et la mise en œuvre de nombreux dispositifs institutionnels (PAI, garantie jeunesse, validation des compétences,…) et associatifs (mentoring, tutorat, travail de rue, stages, projets solidaires,…).

Simultanément à la mise à l’agenda public (de l’échelon européen à l’échelon le plus local) de la problématique des transitions des jeunes, la notion de compétence vient colorer un ensemble de politiques publiques, devenant un leitmotiv dans le champ de l’éducation, de la formation, de l’emploi et même de la jeunesse (définition de socles de compétences dans l’enseignement, multiplication des référentiels de compétences, institutions de validation des compétences,…).

A l’aune de ces différents constats, le projet LABOCOMPETENCES a l’ambition de mener un travail sur les compétences des jeunes des quartiers dans la perspective de la possibilité pour ces jeunes de se construire une identité fière. Il s’agit essentiellement de permettre l’identification des compétences des jeunes et de construire des modalités d’usage de ces compétences, dans le travail social et éducatif, dans une perspective d’émancipation.

Par le biais d’une méthode participative, un groupe de professionnels d’une quinzaine de personnes (des secteurs de la jeunesse, de l’insertion socioprofessionnelle et de l’orientation) a été amené à analyser les situations, les enjeux, les problèmes,… relatifs aux situations des jeunes des quartiers, et à l’identification de leurs compétences. Ils ont ainsi mis en évidence des lieux, des moments, des contextes, des dispositions,… favorables au développement des compétences, à leur émergence et à leur manifestation. Les acteurs ont été amenés à s’exprimer sur ce qu’ils perçoivent des compétences qui se développent chez les jeunes (dans la cadre de l’éducation formelle, non formelle et informelle, de façon explicite ou implicite) sous la forme de récits d’abord et de façon plus générale ensuite. Ils ont été ensuite invités à identifier de façon plus précise les compétences pratiquées et praticables et à produire un état des lieux et une caractérisation des compétences identifiées.

Cette étude propose une synthèse réflexive des constructions du groupe. Dans un premier temps, une clarification conceptuelle du concept de compétence y est proposée. La compétence se comprend alors comme un pouvoir d’agir et se décline en différentes formes (professionnelles, implicites, informelles, transversales,…) dont on peut faire différents usages (identification, reconnaissance, valorisation, validation, certification,…).

Dans un deuxième temps, les discours des acteurs à propos des situations des « jeunes des quartiers » sont structurés et expliqués en fonction de différents facteurs (facteurs globaux, méso-sociologiques, culturels, familiaux,…) qui rendent difficiles, pour les jeunes, de développer des compétences et de prendre une place dans le monde.

Dans un troisième temps, ce sont les récits des acteurs à propos des compétences des jeunes et de leur développement qui sont décrits et explicités. Les acteurs nous parlent d’identification, à travers divers types d’activités, de compétences sociales ou relationnelles acquises lors d’apprentissages informels à travers la poursuite d’activités quotidiennes, de jeunes en perte de confiance qui découvrent leurs compétences par le biais d’expériences professionnelles, de jeunes qui parviennent à dépasser des façons relationnelles d’agir ou de communiquer qui conduisent à des situations problématiques dans leurs rapports aux institutions et qui, accompagnées par un tiers, parviennent à développer de nouvelles manières d’être face à l’autre de l’institution,…

Dans un quatrième temps, le tableau reprenant l’ensemble des compétences identifiées par les acteurs ainsi que leurs caractéristiques est présenté comme base d’un travail possible avec les jeunes sur leurs compétences.

Enfin, la dernière partie de l’étude propose un modus operandi de l’usage des compétences dans le travail social. De la prise en compte des réalités des jeunes à l’évaluation de la progression et des parcours, y sont abordés un ensemble de manières de faire. Entre pratiques informelles et formalisation des compétences, entre posture amicale et pédagogique, il s’agit, dans cette partie de l’étude, de mettre les compétences au travail via une posture relationnelle permettant la reconnaissance de compétences, l’attribution d’une valeur aux apprentissages informels, la possibilité pour les jeunes de prendre conscience de leurs compétences et de les développer, l’identification et la caractérisation des compétences ou encore la création de contextes propices à l’identification et à l’émergence de compétences.

Cette étude sera suivie d’une seconde étude qui abordera l’usage des compétences dans le travail en réseau.

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