EDITO du 11 Juillet 2017

L’éducation en transitions

Voilà l’été ! Aaaah ! Déconnecter, se couper du monde rationnel, réveiller nos sens et nos émotions au contact de la nature ou de nos proches ! Ou au contraire prendre du recul et réfléchir… Fortifier et nourrir nos points de vue, bâtir de nouvelles réflexions sur le thème « comment mieux atteindre nos objectifs fondamentaux », ou « repositionner nos pratiques professionnelles ? »

En ce mois de juillet nous vous proposons d’explorer quatre sujets autour du thème de l’éducation et des transitions et mutations récentes que ce champ connaît. L’éducation et son instrument privilégié, l’école, sont le reflet des valeurs de notre société : l’école classique est à la fois l’objet de réformes émanant de l’Etat, mais aussi de réformes émanant des citoyens, comme le montre l’efflorescence de « Nouvelles écoles » aux pédagogies actives qui se développent à toute allure à travers l’Europe. Ainsi, en Espagne, assiste-t-on à l’émergence de « Bosque Escuelas », écoles maternelles inspirées notamment de la pédagogie Montessori. Ces écoles ont la particularité d’être des « écoles à l’air libre », où les enfants sont dehors, dans les bois, qu’il pleuve, vente ou neige. Et ce pour permettre à l’enfant le contact avec la nature, les éléments, les animaux et végétaux, qui seront à la source de son émerveillement, de son envie d’apprendre et de sa créativité. L’enfant, dans ce genre d’école, est entièrement maître de son éducation. Il prend lui-même les éléments qui correspondent à ses besoins d’apprendre au moment où il en a besoin. L’adulte n’est qu’un accompagnant dans ce processus. Il « aide » l’enfant le moins possible et favorise au maximum son autonomie. Des parents et enseignants consacrent des sommes importantes pour faire advenir ce genre de projet. Le succès de ces initiatives témoigne selon nous de l’importance prise par la notion d’autonomie dans un monde où les relations de pouvoir, hiérarchiques, ont tendance à s’effacer.

Nous écrivons s’effacer et non disparaître, parce que selon nous les formes de pouvoir réapparaissent sous d’autres formes et sont toujours bien vivaces « en coulisses » cachées derrière des règles « indiscutables » de productivité et d’efficience. Prenons le statut de l’enseignant tel qu’il est envisagé dans le Pacte pour un enseignement d’excellence, programme de réformes dont on nous dit qu’affaires courantes ou pas, il sera mis en œuvre dès la rentrée de 2017. Ce statut est amené à changer. Sous couvert d’une responsabilisation accrue des enseignants, l’autonomie de ceux-ci, dont on nous qu’elle sera renforcée, pourrait bien en réalité se voir rabotée. Car si les méthodes du néo-management sont douces et persuasives, elles régulent néanmoins d’une main de fer les pratiques des professionnels, indicateurs chiffrés à l’appui. C’est du moins la thèse de de certains chercheurs que nous relayons dans un article intitulé : « Le Pacte pour un enseignement d’excellence va faire changer le métier des enseignants, mais dans quel sens ? »

D’enseignement il est question toujours dans l’article de Bruno Uyttersprot intitulé « L’accompagnement en insertion socioprofessionnelle à l’heure du nouveau contrat en alternance : focus sur une homogénéisation des pratiques ». L’auteur nous fait part des réformes à l’œuvre dans le monde des CEFA, Centres de formation en alternance. Cette réforme est essentiellement administrative, elle a trait aux contrats que les centres de formation, les élèves et les entreprises qui les accueillent pour des stages sont amenés à signer. Elle marque cependant quelques avancées quant au statut de l’élève et au rôle de son référent pédagogique.

Les CEFA avaient été créés pour permettre aux jeunes déscolarisés et désireux d’apprendre par le travail de continuer une scolarité en alternance entre le monde de l’entreprise et des temps plus scolaires mêlant bases théoriques et liens vers la pratique. On saluait ainsi l’arrivée d’un nouveau « maillon » dans un ensemble de dispositifs éducatifs qui n’a cessé de s’enrichir grâce à des initiatives citoyennes plus ou moins soutenues par les pouvoirs publics, souvent locaux. Avec l’analyse « Vogue la galère ! » de Pascale Meunier, nous porterons l’attention sur une initiative originale qui s’adresse aux jeunes qui ont eu des démêlés avec la justice. Le Dispositif Relais (DR) est une structure d'aide individualisée aux justiciables détenus ou libérés sous conditions alternatives à la détention. Cette asbl est née en 2010 de la rencontre entre un assistant social et une juge d’instruction partageant une même ambition : resocialiser ces jeunes délinquants que l’un et l’autre rencontrent quotidiennement dans leur pratique professionnelle.

Bonne lecture, et bel été !

L’équipe du GRAIN

quiNous sommes un collectif pluraliste d’acteurs de terrain, de praticiens-chercheurs en sciences humaines et de pédagogues spécialisés dans la construction d’interventions, d’analyses et d’outils permettant d’une part de mieux comprendre les réalités et enjeux contemporains des rapports sociaux et, d’autre part, d’influer sur ceux-ci dans une visée d’émancipation pour tous.

Par notre travail, nous souhaitons pointer et comprendre les mécanismes qui empêchent l’émancipation et, à contrario, ceux qui la permettent ou la favorisent en mettant en débat une diversité de points de vue, en analysant des discours et des pratiques, en se mettant à l’écoute des terrains du social et en privilégiant une approche pluridisciplinaire. lire la suite

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